Saving Iceland http://www.savingiceland.org/fr/ Saving the wilderness from heavy industry Mon, 10 Apr 2017 15:35:28 +0000 fr-FR hourly 1 http://wordpress.org/?v=4.2.15 L’appel à mobilisation de Saving Iceland 2010 http://www.savingiceland.org/fr/2010/07/lappel-a-mobilisation-de-saving-iceland-2010/ http://www.savingiceland.org/fr/2010/07/lappel-a-mobilisation-de-saving-iceland-2010/#comments Fri, 16 Jul 2010 17:29:02 +0000 http://www.savingiceland.org/?p=4790 Rejoignez notre résistance contre l’industrialisation de la dernière étendue sauvage d’Europe. Action directe contre l’industrie lourde !

La Lutte Jusqu’Ici

La campagne pour défendre la dernière étendue sauvage d’Europe continue. Ces cinq dernières années, des camps estivaux d’action directe en Islande ont pris pour cible des fonderies d’aluminium, des barrages hydro-électriques et des centrales géothermiques.

Après la destruction tragique de Kárahnjúkar et Hengill, il est encore temps de réduire à néant le plan d’ensemble qui verrait chaque rivière glaciaire importante barrée, chaque terrain géothermal considérable exploité, la construction de fonderies d’aluminium, d’une raffinerie de pétrole, de centres de stockage de données informatiques et d’usines de silicone. Ceci n’amènerait pas seulement la destruction de paysages et d’écosystèmes uniques, mais également une augmentation significative des émissions de gaz à effet de serre de l’Islande.

Le Paysage Politique
Saving Iceland a réintroduit les idées anarchistes dans la société islandaise, et promu nombre de méthodes d’action directe. Ces tactiques ont été utilisées avec succès au cours du “soulèvement des couverts” l’année dernière, où des membres de Saving Iceland se sont retrouves en première ligne à de nombreuses reprises, repoussant les limites. Saving Iceland, à travers ses années de présence, à joué le rôle de catalyseur dans le renversement du “gouvernement Alcoa”, corrompu en faveur de l’industrie lourde.

Toutefois, les élections de l’année passée sont un coup majeur porté au mouvement environnemental en Islande, puisque les ‘‘Verts de Gauche’’ ont éjecté leur propre ministre de l’environnement qui était à leurs yeux une écologiste trop sincère. Le leader du parti a affirmé que leurs propres politiques environnementales étaient trop “puritaines” pour être applicables en ces temps de crise financière. Si l’on ajoute à cela la présence permanente de “l’Alliance du Peuple”, nous faisons toujours face à un gouvernement pro industrie lourde sérieusement fortifié, qui ne se donne pas la peine de feindre d’être ‘‘vert’’, pas même d’être vaguement de gauche. Pour finir, les syndicats corrompus sont tenus à la botte du lobby d’aluminium, priant pour l’emploi quoiqu’en soit le coût environnemental.

La Situation Actuelle
La crise financière et éthique qui a frappé l’Islande en 2008 n’a pas été sans amener des difficultés pour les compagnies d’énergie. S’il n’est plus aussi facile d’obtenir des prêts étrangers pour leurs projets, les lobbyists de l’aluminium sont plus déterminés que jamais. Leur argument aujourd’hui se résume à l’idée qu’avec l’effondrement de l’économie, l’Islande ne peut tout simplement pas se permettre de prendre en compte les préoccupations écologiques. Cette position révèle la vérité sous-jacente, exposant le fait que le lobby de l’aluminium à toujours été conscient de la validité du point de vue des écologistes. Le lobby de l’aluminium veut encore propager l’horreur, sur le dos d’une crise dont il est majoritairement responsable.

On surestime généralement le rôle des banques dans la faillite du pays, masquant ainsi les autres grands responsables. Le rapport de la Commission Spéciale d’Investigation (SIC), qui s’est attache à décrypter les évènements qui ont amené au crash financier, a pourtant dédié tout un volume aux effets de l’industrie lourde. L’expansion du système financier de l’Islande au delà des limites viables pour le pays est la conséquence évidente des énormes projets amenés par l’industrialisation. Ce volume a été ignoré par les média, tout comme le volume qui dénonçait leur propre culpabilité en tant que serviteurs obséquieux des banques et l’ordre industriel établi.

Le problème fondamental du rapport SIC et de l’atmosphère de déni général qui l’a accueilli, c’est que le rapport vient du coeur putréfié de l’état Islandais. Sa fonction véritable est donc de faire en sorte que toutes les options qui permettraient de gérer l’énorme corruption et la tyrannie actuelle ne soient maîtrisables que par les tribunaux et les politiques parlementaires : sous le strict contrôle de la classe dirigeante qui est à l’origine de cette autorité perverse.

Dans le cas des fraudes financières, cela signifie des années de procès interminables, qui perdront peu à peu de leur signification pour la société, pour ceux que l’on laisse régler l’ardoise des énormes dettes créées par ces fraudes.

Dans le cas de la très implantée culture de la corruption, comme dans celui du climat de terreur dans lequel les compagnies d’aluminium et les fournisseurs d’énergie prospèrent, les promesses de transparence et de démocratie ne sont qu’un écran de fumée destiné à cacher le pillage toujours croissant des ressources d’énergie de l’île. Cette mise à sac, soutenue par les reformes imposées par l’accord de prêt du FMI, est dans la droite ligne des politiques corrompues de privatisation et d’industrialisation impitoyable. Ces mêmes politiques qui ont été à l’origine de la crise.

Les Cibles Actuelles
La construction de la fonderie d’aluminium d’Helguvík, cible de Saving Iceland au cours des deux derniers étés, avance lentement. Les sources d’électricité pour l’alimenter restent partiellement à définir, bien qu’il soit certain qu’elle nécessitera la construction de huit nouvelles centrales. Au moins sept d’entre elles seront géothermiques, venant d’exploitations sur la péninsule de Reykjanes (HS/MAGMA) ainsi que d’Hellisheiði (OR – Reykjavik Energy). L’une de ces centrales géothermiques pourrait se situer à Bitra, près d’Hengill, et la huitième centrale consistera probablement en un large barrage à travers la sublime rivière Þjórsá, que Landsvirkjun (la compagnie nationale d’énergie) est pressée de construire.

Norðurþing négocie actuellement avec Alcoa pour une fonderie d’aluminium à Bakki/Húsavík, qui serait alimentée par la destruction d’écosystèmes fragiles dans le nord.

Platina Resources prévoit des explorations minières dans les fjords de l’est du pays, espérant entre autre trouver de l’or.

Passez à l’action !
Cette année, plutôt que d’organiser un camp d’été dédié à l’action directe, nous appelons à la résistance à travers les saisons. Nous appelons spécialement les islandais-es à agir toute l’année, mais aussi les écologistes du monde entier à venir en Islande. Nous accueillerons chaleureusement n’importe quel type d’action contre les compagnies d’aluminium et d’énergie qui oeuvrent à la destruction de l’environnement.

Les actions symboliques n’ont pas suffit à stopper les forces de destruction. Le but des actions devrait être d’empêcher tout autre viol de la terre. Saving Iceland affirme une solidarité sans réserve à toutes les actions qui frappent l’industrie lourde et les compagnies d’énergie là où cela fait le plus mal.

Même si vous ne pouvez pas organiser des actions en Islande, votre aide à travers des actions de solidarité, des traductions, des dons, et en faisant passer le mot est inestimable.

The Nature Killers

The Saving Iceland Target Brochure

S.I. Target Brochure Update

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Le premier procès post-faillite en Islande http://www.savingiceland.org/fr/2010/07/le-premier-proces-post-faillite-en-islande/ http://www.savingiceland.org/fr/2010/07/le-premier-proces-post-faillite-en-islande/#comments Wed, 14 Jul 2010 00:42:24 +0000 http://www.savingiceland.org/?p=4756 Le premier procès lié aux évènements de la crise économique a continué hier. Neuf participant-e-s au “soulèvement des couverts” (nom donné aux manifestations qui ont entraîné la chute du gouvernement en février 2009, en référence à l’utilisation de couverts, poêles et casseroles par une foule bruyante) sont poursuivi-e-s pour avoir “compromis l’autonomie du parlement”.

Neuf citoyen-ne-s islandais-es ont comparu au tribunal hier, concernant les évènements qui ont suivi la faillite économique de l’Islande en 2008. Chacun-e risque jusqu’à seize ans de prison. Pourtant, aucun-e ne fait partie des politiciens, banquiers ou businessmen qui ont laisse le pays avec une dette paralysante de 50 milliards d’euros. Illes en sont plutôt l’opposé.

Les Neuf de Reykjavik (RVK9) sont un essaim d’islandais-es qui sont entré-e-s légalement au parlement pour exiger la démission de leurs politiciens ; un mois et demi avant la chute du gouvernement. Illes sont tou-te-s poursuivi-e-s pour avoir compromis “l’autonomie” du parlement.

En avril cette année, un rapport parlementaire a dénoncé la “négligence flagrante” de sept individus au pouvoir, les rendant responsables de la paralysie économique de l’île. D’après Johanna Sigurdardottir, nouvelle premier ministre du pays, “les banques privées ont échoué, le système d’encadrement a échoué, les politiques ont échoué, l’administration a échoué, les média ont échoué, et l’idéologie d’une économie de marche non réglementée a complètement échoué.”

Paradoxalement, ce sont celleux qui au même moment luttaient contre l’ordre établi qui sont poursuivi-e-s.

Les neuf ont été choisi-e-s parmi un groupe d’une trentaine de personnes qui sont entré-e-s légitimement dans l’Althingi (le parlement islandais) le 8 décembre 2008. Illes faisaient partie d’un mouvement populaire de plusieurs milliers de personnes qui descendaient régulièrement dans la rue, en réponse à la crise économique de l’hiver 2008-2009. Certain-e-s avaient prévu de lire un communiqué aux parlementaires depuis les tribunes publiques ; d’autres ont simplement suivi le mouvement. “Nous n’étions évidemment pas armé-e-s, nous n’avions pas les poings levés et nous n’avions même pas de pancartes ou quoi que ce soit qui aurait pu nous servir d’arme. Nous ne criions pas ou ne proférions pas de propos injurieux. Rien de tout ça.”, affirme Solveig Jonsdottir, une des neuf accusé-e-s.

Pourtant, une fois à l’intérieur, les gardes du parlement ont utilisé la force pour bloquer l’accès des manifestants à la tribune. Les querelles ont amené quelques légères blessures, la plus sérieuse étant une entorse au doigt d’un garde, cause par un autre garde comme le prouve les vidéos des caméras de surveillance. Deux manifestant-e-s ont réussi à atteindre la tribune, s’écriant avant d’être éloignés: ” Sortez ! Barrez-vous ! Ce bâtiment n’a plus d’utilité !”

Au total, le parlement proche de sa dissolution a perdu une heure de session. Pour cela une loi datant de 1940 a été ressortie, pénalisant “Quiconque attaquant le Parlement de façon à mettre en danger son autonomie, transmettant un message à cette fin, ou obéissant à un tel message”. La condamnation va d’un an de prison à la prison a perpétuité, soit 16 ans selon la loi islandaise.

Beaucoup voient en ce procès une manoeuvre politique. Bien que le précédent gouvernement ait été forcé de démissionner par le “soulèvement des couverts”, de nombreux membres de l’ordre établi de l’époque, aujourd’hui discrédités, sont toujours au pouvoir. Par exemple, le directeur de la banque centrale et ancien premier ministre à long terme, David Oddson, a démissionné après avoir été accusé de “négligence extrême” ; il a simplement changé de secteur en devenant le co-éditeur du plus important journal islandais, Morgunbladid.

C’est peut-être la raison pour laquelle les Neuf de Reykjavik reçoivent si peu de bienveillance à travers l’encre de la presse islandaise. L’Islande se flatte d’être le fer de lance de la protection légale des journalistes d’investigation. Pour autant, le principal avocat des droits humains Ragnar Adalsteinsson affirme que ses propres média n’ont laissé aucune chance aux Neuf de Reykjavik de faire face à un procès impartial.

“Nous sommes des exemples”, affirme Ragnheidur Esther, une des accusé-e-s. Depuis le prêt d’urgence du FMI en 2008, l’Islande doit tout faire pour ranger ses “couverts”. Néanmoins, plus de sept cents autres participant-e-s au soulèvement ont signé une pétition exigeant que les charges pesant sur les neuf soient abandonnées, ou bien “qu’illes soient également poursuivi-e-s pour avoir attaqué le parlement”. D’après l’auteur de la pétition Bryndis Bjorgvinsdottir, “illes étaient bruyant-e-s, illes l’ont perturbé – mais illes n’ont pas utilisé la violence – tout comme les Neuf de Reykjavik.”

En raison des vacances d’été, les audiences du procès des Neuf de Rekjavik s’étendront probablement jusqu’à l’hiver. La prochaine session est prévue pour le 17 août.

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Le dernier recoin sauvage de l’Europe menacé http://www.savingiceland.org/fr/2008/07/le-dernier-recoin-sauvage-de-l%e2%80%99europe-menace/ http://www.savingiceland.org/fr/2008/07/le-dernier-recoin-sauvage-de-l%e2%80%99europe-menace/#comments Sun, 06 Jul 2008 12:42:06 +0000 http://www.savingiceland.org/?p=1331 Développement hydroélectrique en Islande
By Guillaume Roy, FrancVert, Hiver 2008, Vol. 5, no. 1., Quebec.

L’Islande constitue le dernier recoin sauvage de l’Europe. À travers les glaciers, les montagnes d’origine volcanique, les plaines à perte de vue, les fleurs et les oiseaux sauvages, elle offre des paysage à couper le souffle aux touristes. Des rivières glacières coulent de la montagne à l’océan en forgeant de spectaculaires canyons. Dans ces vallées glacières, des écosystèmes fragiles et uniques ont évolué sur un sol volcanique à travers des millénaires, offrant des niches écologiques particulières pour de nombreux animaux qui y ont trouvé refuge. La quête énergétique islandaise menace maintenant l’intégrité de ces écosystèmes sauvages.

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Les cheminées, dans un désert blanc, divisent l’Islande http://www.savingiceland.org/fr/2007/03/les-cheminees-dans-un-desert-blanc-divisent-lislande/ http://www.savingiceland.org/fr/2007/03/les-cheminees-dans-un-desert-blanc-divisent-lislande/#comments Wed, 07 Mar 2007 11:48:26 +0000 New York Times 4 janvier Par Sarah Lyall Dans les profondeurs de l'hiver il n'y a presque rien à voir ici, que de la neige et de la roche ; de la neige à travers un paysage accidenté et surnaturel, de la neige sur les montagnes enveloppées de brume, de la neige qui s'étend à ce qui pourrait ressembler à la fin du monde. Mais posé dans cette région montagneuse du centre de l'Islande, un chantier, presque achevé, de barrages, de tunnels et de réservoirs, a commencé à réorganiser ce désert blanc, où la montagne Karahnjukar rencontre deux puissantes rivières qui s'écoulent du plus grand glacier de l'Europe. ]]> New York Times
4 janvier
Par Sarah Lyall

Dans les profondeurs de l’hiver il n’y a presque rien à voir ici, que de la neige et de la roche ; de la neige à travers un paysage accidenté et surnaturel, de la neige sur les montagnes enveloppées de brume, de la neige qui s’étend à ce qui pourrait ressembler à la fin du monde.

Mais posé dans cette région montagneuse du centre de l’Islande, un chantier, presque achevé, de barrages, de tunnels et de réservoirs, a commencé à réorganiser ce désert blanc, où la montagne Karahnjukar rencontre deux puissantes rivières qui s’écoulent du plus grand glacier de l’Europe.

C’est le projet hydro-électrique de Karahnjukar d’un coût de 3 milliards de $ : une entreprise gigantesque qui exploitera les rivières pour produire de l’électricité réservée à un seul client : l’usine de production d’aluminium appartenant à Alcoa, la plus grande compagnie d’aluminium du monde.

Ce projet a été au centre d’une bataille des plus violentes et des plus controversées de la récente histoire islandaise. C’est le résultat d’années d’effort du gouvernement de centre-droite pour augmenter l’investissement international en Islande, le projet aurait déjà commencé à revitaliser l’Est sous-peuplé de l’Islande.

Pourtant il a aussi mobilisé une coalition d’habitants très mécontents et de plus en plus importante, qui estiment que les autorités ont sacrifié le patrimoine le plus précieux de l’Islande – sa terre primitive elle-même – à l’industrie lourde étrangère.

Maintenant, avec ces trois autres projets d’usine hydraulique, associés aux projets de fonderies d’aluminium, les écologistes affirment que toute chance de protéger la spectaculaire beauté si fragile et si naturelle de l’Islande va disparaître. “Si tous ces projets réussissent à aboutir, c’est une apocalypse environnementale pour cette région montagneuse de l’Islande ; ils auront aménagé chaque bassin fluvial et géothermique glaciaire majeur aux seuls usages de l’industrie lourde,” explique Olafur Pall Sigurdsson, un des organisateurs de “Sauver l’Islande », une coalition d’associations s’opposant à ce futur développement industriel.

“C’est une nature très rare dont nous sommes les gardiens et que nous gaspillons”.

La question de base, c’est-à-dire la façon d’équilibrer développement économique et respect de la nature, se pose ici comme dans des toutes les autres batailles environnementales. Les détails sont toujours légèrement différents en Islande, isolée géographiquement et flottant entre l’Europe et l’Amérique.

L’Islande, un des endroits les plus vierges du monde développé, est à peine plus grande que l’Indiana, avec une population d’environ 300 000 personnes (alors que l’Indiana a 6.3 millions d’habitants). Deux tiers de sa population vit dans la capitale, Reykjavik ; les autres habitants sont dispersés au travers des 64 000 Km2 de roche volcanique, de toundra déboisée et de plaines rases. 70 % de cette terre est inhabitable.

Les Islandais ont tendance à considérer avec respect et crainte leur environnement imprévisible – taillé dans des volcans et dans la glace avec de nombreuses chutes d’eau stupéfiantes, de geysers, de fjords et de glaciers. L’air est si pur que le Protocole de Kyoto a donné à l’Islande le droit d’augmenter ses émissions de gaz à effet de serre de 10 % des niveaux de 1990.

Les projets encore en suspens planifient quatre barrages, huit nouvelles usines géothermiques et hydro-électriques, deux nouvelles fonderies (dont l’une appartiendrait à Alcoa) et l’augmentation de capacité de la fonderie déjà existante. Si tous ces projets se réalisaient, cela signifierait que des sociétés étrangères pourraient bien produire jusqu’à 1.6 millions de tonnes d’aluminium par an en Islande.

On leur permet aussi de polluer : une autre exception de Kyoto a donné, aux industries lourdes très gourmandes en énergie et utilisatrices d’énergie renouvelable en Islande, le droit d’émettre 1.6 millions de tonnes m3 supplémentaires de dioxyde de carbone par an jusqu’à 2012.

En tout, les nouvelles fonderies exigeront environ huit fois plus d’électricité que la consommation actuelle de toute l’Islande, soumettant à une tension énorme les rivières et les gisements thermales du pays, explique Hjorleifur Guttormsson, ancien ministre de l’Industrie et de l’Energie d’Islande de 1980 à 1985. Pour Guttormsson, naturaliste, la pollution pose un autre problème : les usines d’aluminium sont de très gros émetteurs de dioxyde de soufre, de fluorure d’hydrogène et d’autres produits chimiques.

Pourtant Alcoa a promis qu’il adapterait des contrôles de pollution “dernier cri” à leur nouvelle usine et a déjà exigé de sa compagnie la promesse d’une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 25 % par rapport à 1990..

Un porte-parole de la société, Kevin Lowery, a annoncé que la nouvelle fonderie ne produirait que 1.8 tonnes de dioxyde de carbone pour chaque tonne d’aluminium produite -soit un total de 541 000 tonnes par an – à comparer aux 13 tonnes de dioxyde de carbone par tonne d’aluminium émises si le four était alimenté au charbon. “Les émissions de cette usine seront moins importantes qu’une autre usine de cette taille, ailleurs dans le monde,” a-t-il ajouté.

Jon Sigurdsson, le ministre de l’Industrie et du Commerce, a annoncé que les nouveaux projets étaient soumis à de multiples contrôles, et dans quelques cas, à des référendums locaux. “Le gouvernement a toujours appliqué des normes environnementales rigoureuses à chacun des projets de développement, et il prépare une législation qui exposerait un plan général pour le pays, désignant les secteurs à protéger et ceux qui ont un potentiel de développement.. ”

“Nous sommes au seuil d’une nouvelle ère,” a-t-il dit. “Nous voulons prendre en considération les deux problématiques dans une réflexion d’ensemble finale où l’environnement est aussi capital que tout autre problème.

Sigurdur Arnalds, un porte-parole de « Landsvirkjun », la compagnie nationale d’électricité, qui développe le projet de Karahnjukar, a eu ce mot : “la Démocratie aura le dernier mot. Naturellement, nous n’utiliserons pas toutes les possibilités qui sont à notre disposition ; nous devons savoir nous arrêter.”

L’Islande est un pays prospère, mais sa richesse est concentrée principalement à Reykjavik. Le gouvernement a longtemps cherché des moyens de soutenir l’économie en exploitant la seconde richesse du pays – la plus grande ressource naturelle, après le poisson : l’énergie électrique, produite par un réseau énorme de rivières et de gisements géothermiques souterrains..

Mais puisque la production d’électricité n’était pas exportable facilement, l’idée a germé d’importer les produits qui en ont particulièrement besoin. La production d’aluminium semble être parfaitement convenir. C’est une industrie gourmande en énergie qui nécessite une libre circulation vers des ports pour importer des matières premières et exporter le produit fini.

L’Islande a de l’énergie propre disponible, des côtes abondantes et se trouve à proximité du lucratif marché européen. La première usine d’aluminium de l’Islande a été construite dans les années 1960 ; il en y a maintenant deux, près de Reykjavik. “Le gouvernement a fait tout son possible pour faciliter l’implantation de ces usines,” explique Kolbrun Halldorsdottir, un député du Mouvement Gauche-vert. “Ils se sont arrangés comme l’Arabie Saoudite a organisé le marché du pétrole. Ils ne croient pas à un berceau d’emplois fondé sur une industrie du tourisme dans cette région. Ils ne voient que par l’aluminium.”.

Le projet de Karahnjukar, pendant sa planification, a eu l’appui du gouvernement de coalition de centre-droite, qui a été au pouvoir pendant 12 ans. Dans des sondages d’opinion, la majorité des Islandais l’a aussi successivement soutenu, à cause de la création d’emplois et de l’apport d’argent pour les fjords orientaux.

Mais les écologistes disent que le projet dévastera environ 3 % de la surface de l’Islande, détruisant ou affectant 60 chutes d’eau, sera la cause d’un ravinement qui répandra du sable et de la poussière à travers les régions montagneuses et sur les fermes, provoquera des inondations dans une région recouverte naturellement d’une mousse endogène nécessaire à l’alimentation des rennes, empêchant la nidification des oies aux pieds roses et d’innombrables autres espèces d’oiseaux, comme le gyrfalcon et le ptarmigan.

Ils assurent, aussi, que le barrage est instable, construit sur une croûte terrestre fracturée exceptionnellement mince, aux abords de la plupart des secteurs volcaniques les plus actifs du monde. Juste au sud, le glacier Vatnajokull qui fond rapidement à cause du réchauffement climatique, ajoute à l’incertitude géologique locale.

En 2001, l’Agence de Planification islandaise avait rejeté le projet de Karahnjukar, décidant que n’importe quels avantages économiques ne pourraient pas indemniser des catastrophes environnementales potentielles. Mais le ministre de l’Environnement islandais de l’époque avait annuler la décision, rajouté quelques nouvelles conditions et avait ensuite autorisé le projet d’aller plus avant.
Actuellement les adversaires du projet affirment que beaucoup d’Islandais n’avaient pas apprécié sa véritable échelle et son impact environnemental potentiel. ”

Pour Andri Snaer Magnason, un poète, dramaturge et romancier, “il est facile d’induire en erreur la population et il est possible que même les politiciens n’aient pas vraiment compris ce qu’il se passait”. L’année dernière, Magnason a publié ” le Pays des rêves, “une polémique dévastatrice qui replace les questions environnementales de l’Islande dans une perspective mondiale. Le livre a été vendu 18 000 exemplaires – l’équivalent, en pourcentage, à 18 millions de ventes aux Etats-Unis.

En septembre, Omar Ragnarsson, un des journalistes de télévision les plus respectés du pays, a annoncé qu’il ne pouvait plus couvrir le projet de Karahnjukar de son impartialité de journaliste et qu’il ferait campagne contre. Dans un pays où les manifestations publiques sont rares, il a mené un rassemblement “antibarrage” à Reykjavik, suivi par 8 000 à 13 000 personnes.

Vu d’en haut, le chantier domine le paysage. Avec 800 mètres de large et 215 mètres de haut, le barrage est le plus haut de la sorte en Europe. Le réservoir, qui couvrira finalement 35 km2 , s’allonge à l’intérieur d’une bande de terre et laisse le lit de la rivière vide, creusé dans la roche ….

L’eau détournée sera convoyée par 70 Km de tunnels forés dans les montagnes vers une nouvelle station d’hydro-électricité construite profondément à l’intérieur d’une montagne dans la Vallée Fljotsdalur. Finalement, l’électricité sera transportée sur une cinquantaine de km de lignes électriques aériennes vers la fonderie d’ALCOA, par un réseau édifié sur le bord d’un fjord dans la ville de Reydarfjordur.

On suppose que la fonderie commencera à produire de l’aluminium cet été, mais dès à présent les premiers effets apparaissent : il y a un boom de la construction qui se fait ressentir jusque dans l’est. “Cela ressemble à une ruée vers l’or, pour l’instant chacun est ivre mais vous savez que la gueule de bois viendra,” philosophe Greta Osk Sigurdardottir, éleveur et fermier en produit laitier, qui vit dans ce secteur et qui s’oppose au projet.

Reydarfjordur, qui compte une population de 650 personnes, se voit dotée de son premier centre commercial. Le prix des logements a augmenté. Les habitants qui étaient partis reviennent et l’argent que cela génère, commence à permettre les agréments modernes des villes, plaide Helga Jonsdottir, le maire de Reydarfjordur et de cinq autres villages.

Pourtant d’autres ne sont pas si heureux. M. H Gudmundur Beck a passé ses 57 premières années à Reydarfjordur, à élever des moutons et des poulets dans la ferme familiale. Quand 18 pylônes électriques ont été construits sur les terres alentour, le gouvernement a fait interdire le pâturage, Beck a dû emmener ses animaux à l’abattoir et s’est déplacé vers le Nord, où il vit près des montagnes et des lacs vierges et où il prend des cours d’histoire. “C’est la chose la plus horrible qui n’a jamais eu lieu ici,”. “Je n’ai vraiment aucun mot pour le décrire.”

La fonderie n’est pas en hauteur, mais elle domine la côte. En faisant ses courses dans un magasin de sport au centre commercial, Krilla Bjork, 61 ans, affirme qu’elle a été ravie de voir tous ces nouveaux magasins et ces nouvelles maisons. De la fonderie, elle dit, “ce n’est pas beau, mais je l’accepte parce que c’est nécessaire.”

Traduction SDT: http://www.acme-eau.org/Les-cheminees,-d…

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